Je voulais féliciter et soutenir la prise de position de Monsieur Maarten Boudry (philosophe à l’Université de Gand) dans La Libre du 26 juin concernant sa critique de la pensée unique aussi bien au sein du monde académique que journalistique. Avant de commencer, je souhaite rappeler que je ne remets nullement en question l’humanité des migrants, que je conçois parfaitement les souffrances réelles qu’ils subissent, et comme de nombreux Belges, je suis extrêmement attentif à ces questions.

Dans sa tribune « Je condamne une pensée unique fondée sur l’émotion plutôt que sur la raison », le philosophe gantois critique vivement une pétition « Nous réclamons le droit à l’humanité » signée par plus de 1100 universitaires belges. Selon une certaine morale de gauche bien-pensante, la dialectique de l’actuel gouvernement fédéral déshumaniserait les migrants, car nous oserions parler de « flux », tout en calculant les coûts que représentent l’ouverture des frontières… Horreur…

Le point central de la critique de Boudry est qu’une certaine forme d’homogénéité idéologique s’est emparée du corps universitaire belge et occidental – par exemple, 89% des universitaires américains se disent avoir des convictions de gauche, pour à peine 3% pour ceux de droite. Cette idéologie règne pratiquement sans partage. C’est d’autant plus risible que ces personnes qui n’ont que le mot « diversité » à la bouche, combattent vigoureusement la diversité des idées au sein du monde académique, au nom d’un moralisme bien-pensant.

« C’est inquiétant, explique Maarten Boudry, car la science a pour moteur la diversité des idées. Si tout le monde pense plus ou moins pareil, le système s’enraye. Les hypothèses sont moins souvent remises en question et on en arrive à une pensée unique, fondée sur l’émotion plutôt que sur la raison ».

L’émotion remplace la raison, Boudry a tout dit. Nos démocraties deviennent des émocraties. Ce qui est d’autant plus choquant, c’est que cette opinion pro-migrant, renforcée par le jeu des médias, force le reste de notre société à l’auto-censure, et je suis convaincu que le premier de leur collègue universitaire qui oserait une réflexion n’allant pas dans ce sens, serait tout simplement excommunié, crucifié sur la place publique.

Dénoncer l’intolérance, c’est bien, dénoncer l’intolérance des « tolérants », c’est mal…

En ce qui me concerne, je ne peux qu’être pleinement d’accord avec les conclusions de Maarten Boudry. Le politiquement correct voit en la liberté d’expression son plus grand adversaire. Comment voulez-vous créer une société inclusive et tolérante, lorsque la loi permet l’expression d’opinions qui ne vont pas « dans le bon sens » ? Personnellement, je me pose la question suivante : est-ce que le « politiquement correct » n’est pas une forme de totalitarisme ? En empêchant la possibilité de former des critiques et des constats, au nom d’un moralisme bien-pensant, ne risquons-nous pas de fermer les yeux sur des problèmes grandissants, au sein même de notre société ? Devons-nous renoncer, au nom d’un vivre-ensemble totalitaire, aux valeurs fondamentales du libéralisme que sont la liberté d’expression et la liberté d’opinion ?

Vous me connaissez, je n’ai pas ma langue dans ma poche. Je continuerai à dire les choses telles qu’elles sont, et je ne m’en priverai pas.

Terminons cette opinion par cette très belle phrase de John Stuart Mill, dans son livre De la liberté de pensée et de discussion :

« Ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l’erreur ».