Dernièrement, l’invitation de Rokhaya Diallo (polémiste française), par le think-tank Etopia, proche d’Ecolo, afin de parler de féminisme, fait polémique.

Avant toute chose, je ne critique pas le débat en lui-même, Etopia invite qui il veut. C’est d’ailleurs le principe même d’un think-tank. L’échange d’idées permet de développer nos réflexions et d’enrichir nos opinions et perspectives.

Cependant, quand je lis les opinions et les prises de position de R. Diallo – qui remet notamment en cause la neutralité de l’Etat – je m’interroge sur la pertinence de cette invitation. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas cette polémiste, le journal Marianne (qui ne peut pas être qualifié d’extrême-droite) brosse un portrait de cette militante française « proche des Indigènes de la République, organisation qui juge que la France pratique un ‘racisme d’Etat’ doublé d’un ‘philosémitisme d’Etat’ (pas besoin de dessin). Elle prône un « féminisme décolonial » [et] considère que les assemblées interdites aux Blancs constituent l’une des formes suprêmes de la démocratie ». Tout un programme…

Je trouve également dangereux que les verts donnent la parole à une personne développant des idées racistes (sous couvert d’antiracisme) et communautaristes. Pour rappel, le discours communautariste a pour principe de donner à la communauté (ethnique, religieuse, culturelle, etc.) une valeur plus importante qu’à l’individu, réclamant des avantages particuliers, avec une tendance au repli sur soi. Le monde est donc divisé en deux catégories, il y a les bons (ceux qui font partie de la communauté, qui sont forcément stigmatisés et opprimés) ; et les mauvais (le reste de la société, qui sont forcément des oppresseurs).

Une neutralité islamophobe ?

Mais quel est le rapport entre R. Diallo et la neutralité de l’Etat ? Il faut expliquer que cette polémique a commencé, début août, lors de la publication dans La Libre d’une tribune : « Les droits des musulmanes font parties des droits des femmes ». Un collectif de femmes musulmanes y explique que la neutralité de l’Etat n’est qu’une excuse pour discriminer « de manière légale les femmes musulmanes », tout en permettant de les exclure hors de la société civile… Ce collectif arrive donc à la conclusion que le principe de neutralité est islamophobe, et que pour imposer une société plus inclusive et tolérante envers la communauté musulmane, il faut tout naturellement abroger ce principe de neutralité…

Dommage que cette brillante analyse soit signée et endossée, en premier chef, par Rokhaya Diallo.

De plus, cette tribune est aussi fumeuse qu’incohérente :

  • De un : toutes les femmes musulmanes ne portent pas le voile. D’ailleurs, considérer qu’une musulmane porte automatiquement le voile est un dangereux raccourci.
  • De deux : beaucoup de celles qui portent le voile ne trouvent rien à redire au principe de neutralité et se plient, comme n’importe quel croyant, aux lois belges.
  • De trois : la neutralité de l’Etat s’applique à toutes les religions, et pas seulement et uniquement à l’Islam.

Polémique chez Ecolo

Cette invitation n’est donc pas anodine. Ici, bien qu’Ecolo se défende de ne pas être Etopia et que ce think-tank n’endosse pas toutes les idées de leur invitée, il est curieux de constater que la position des verts sur la question de la neutralité de l’Etat est de plus en plus floue… Je m’inquiète d’autant plus qu’Ecolo est déjà confronté à ce débat en interne et ne semble pas montrer de signes positifs.

Je rappelle qu’en mars 2017, le débat de sur la neutralité a éclaté en plein conseil communal de Bruxelles. La conseillère communale Bruxelloise Marie Nagy a été écartée d’Ecolo. Sa dénonciation du retour du religieux dans son ancien parti ne plaisait pas en interne… Au même moment, Philippe Lamberts, député européen Ecolo, étalait sur la place publique ses convictions religieuses, trouvant inacceptable que l’on confine la religion à la sphère privée, en arguant du fait que « le combat de la laïcité est allé trop loin ».

D’un un cas, la porte, dans l’autre, une petite tape sur la main. Le deux poids deux mesures en pleine action. Vouloir défendre les principes de neutralité et de laïcité, tout en critiquant les accommodements raisonnables se paient très cher chez les verts…

De la défense de la neutralité

Personnellement, je trouve très malsain de voir nos valeurs de liberté et de tolérance être réutilisés contre nos principes. En tant qu’Echevin des Cultes de la Ville de Bruxelles, ma réponse est assez claire : la neutralité de l’Etat ne se négocie pas. Je milite d’ailleurs pour que ce principe soit inscrit dans notre constitution.

Pour finir, j’aimerais être rassuré. Ecolo considère-t-il toujours que la neutralité de l’Etat reste un principe absolu ?