Les incidents survenus il y a peu au Peterbos à Anderlecht m’ont encouragé à écrire ces quelques lignes. Le fruit d’une réflexion qui me trotte dans la tête depuis de nombreux mois.

Il y a une banalisation de ces rassemblements hostiles à l’autorité publique qui m’agace et me révolte. Le scénario est souvent le même : cela commence par un contrôle banal, qu’il s’agisse d’un titre de transport ou d’une pièce d’identité. Celui qui n’est pas à même de présenter ledit document (et je reconnais que cela peut arriver à tout un chacun) commence alors à se rebeller contre la personne qui incarne l’autorité publique, quitte à se faire aider ou accompagner par d’autres qui eux aussi prennent fait et cause contre l’autorité en question.

Qu’on se le dise, ces incidents fréquents ne se produisent pas que dans le quartier du Peterbos à Anderlecht. Et il ne faut pas nécessairement une infraction pour que ces comportements déviants se produisent, ce qui concoure bien entendu à entretenir un sentiment d’insécurité permanent dans certains quartiers, renforcé par des faits de harcèlements ou d’agressivité vis-à-vis des habitants, et en particulier des jeunes filles.

Les auteurs de ces faits sont, le plus souvent, des jeunes mineurs qui refusent tant l’ordre que les règles, en ce compris au sein de l’école. À ce propos, il est plus qu’interpellant qu’on ne trouve plus de professeurs pour enseigner dans certaines écoles. Comment en effet trouver une motivation suffisante à même de vous blinder afin de faire face à des insultes permanentes, voire à des faits de violence récurrents, d’autant plus en début de carrière ? On ne compte plus les burnouts parmi les enseignants, en ce compris en début de carrière. Chapeau à celles et ceux qui tiennent bon et qui s’investissent dans ce métier extraordinaire.

Ces rassemblements spontanés et cette criminalité rampante qui touchent en grande majorité la gent féminine et les personnes âgées sont purement et simplement insupportables. Un phénomène qui, malheureusement, ne fait que s’amplifier et qui débouche bien entendu sur l’abandon de quartiers par ses habitants, ce qui concoure à les réduire progressivement en coins malfamés, voire parfois en zones de non-droit.

Il est un fait que ces jeunes agissent en bandes car, isolément, ceux-ci se risquent moins à de tels actes. Ils préfèrent donc la lâcheté d’une attaque en bande anonyme afin d’importuner celles et ceux qui cherchent à profiter paisiblement de l’espace public.

Sommes-nous tombés si bas que nous ne sommes plus à même de proposer des méthodes préventives efficaces ? Sommes-nous encore capables d’imposer la valeur et le respect de l’autorité publique ? Dans tout notre arsenal de structures d’aide, d’accompagnement, de soutien ou encore de développement de la jeunesse, je ne vois aucune structure destinée aux parents ! Dans certaines familles, on constate une démission pure et simple de la charge parentale. Les parents sont soit dépassés par leurs enfants soit totalement déconnectés des structures scolaires ou de la communauté locale. Comment peut-on faire des enfants puis les abandonner à leur propre sort, sans jamais chercher à leur donner l’envie d’avoir envie ? Comment convaincre ces parents de s’intéresser à leurs enfants, de vouloir le meilleur pour eux et leur avenir ? Comment permettre à ceux qui doivent jouer les « pompiers de service » (école, autorité publique,…) d’incarner cette autorité tant nécessaire ? Les écoles ne sont-elles pas là pour apprendre, plutôt que d’éduquer ou inculquer les règles élémentaires de la vie en société ?

Chacun se rend compte de l’évolution négative de cette jeunesse qui refuse de se plier aux règles de notre société. Des « gamins de merde » que personne n’ose pointer du doigt et, a fortiori, qu’aucune personnalité publique ne veut dénoncer sous peine d’être taxé de « politiquement incorrect ». Ensuite, personne ne semble vouloir lancer un débat de fond sur la situation quotidienne vécue par le corps enseignant dans les écoles taxées de « difficiles ».

Pour certains enseignants, l’école est devenue un véritable enfer où la volonté d’intégrer des enfants dénués de tout sens des valeurs et de la reconnaissance tourne au fiasco. L’école est aussi devenue un enfer pour les enfants qui ne s’y retrouvent plus et qui « subissent » l’obligation scolaire sans en retirer quoi que ce soit. Ici encore, comment réconcilier école et parents, et plus largement école et familles ? Dans de nombreux pays, on trouve un véritable cours de citoyenneté qui s’adresse avant tout aux enfants. Il faudrait néanmoins étendre celui-ci aux parents, par l’intermédiaire du parcours d’intégration qui m’est si cher mais dont une certaine gauche freine le développement dans un pur souci de clientélisme.

L’école, vecteur de formation et d’ouverture d’esprit, est la seule solution pour l’avenir de notre région. Un investissement massif s’impose afin qu’un enfant issu de quartiers difficiles ait autant de chances qu’un enfant provenant de quartiers plus favorisés. Pourquoi ne pas risquer ce pari ? C’est selon moi la seule solution !

Il faut apprendre à nos jeunes à cogner, à se battre, à tirer profit de tout ce que notre société met à leur disposition pour réussir leur avenir. C’est, selon moi, l’une des clés de la réussite de notre société mais également l’un des moyens de contrer ces rassemblements provocateurs et sources de violences gratuites.

Alain Courtois